Santé & Bien-être

Record d’apnée de 24 minutes : entre inhalation d’oxygène et limites humaines

Léonore Chanteperdrix 5 min de lecture

Franchir la barre des 24 minutes sans respirer semble relever de la fiction. Pourtant, des athlètes parviennent à suspendre leur souffle pendant une durée équivalente à un épisode de série télévisée. Si le commun des mortels panique après soixante secondes, ces records soulèvent une question : comment la physiologie humaine s’adapte-t-elle à une telle privation ? Entre les performances à l’air libre et celles assistées par une inhalation d’oxygène pur, les chiffres divergent, mais la prouesse reste totale.

Records d’apnée : qui sont ces athlètes aux 24 minutes ?

Lorsqu’on évoque un record d’apnée de 24 minutes, il est nécessaire de distinguer deux catégories : l’apnée statique pure et l’apnée avec inhalation préalable d’oxygène pur. Sans assistance, le record est nettement inférieur, bien que tout aussi impressionnant. Avec oxygène, la performance bascule dans une dimension différente.

Testez vos connaissances sur l’apnée

Budimir Šobat : l’homme des 24 minutes et 37 secondes

Le record le plus marquant appartient au Croate Budimir Šobat. En 2021, il est resté immergé pendant 24 minutes et 37 secondes. Cette performance a été réalisée après avoir inhalé de l’oxygène pur pendant environ 30 minutes avant l’immersion. Cet apport sature les tissus et l’hémoglobine, retardant le signal de détresse envoyé par le cerveau, à savoir le besoin de respirer provoqué par l’accumulation de dioxyde de carbone.

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Aleix Segura Vendrell et la barre des 24 minutes

Avant l’exploit de Šobat, l’Espagnol Aleix Segura Vendrell détenait le titre mondial avec un temps de 24 minutes et 3 secondes. Pour ces athlètes, chaque seconde au-delà de la vingtième minute est un combat contre les réflexes archaïques du corps. Ces records sont homologués par le Guinness World Records, qui reconnaît cette discipline spécifique, distincte des compétitions fédérales classiques.

La différence entre apnée statique et apnée avec oxygène

Pour comprendre ces chiffres, il faut les comparer aux records d’apnée statique (STA) définis par l’AIDA (Association Internationale pour le Développement de l’Apnée). Dans cette discipline, l’athlète n’a pas le droit d’utiliser d’oxygène pur avant sa tentative.

Infographie comparative des records d'apnée et mécanismes physiologiques
Infographie comparative des records d’apnée et mécanismes physiologiques
Discipline Type d’apport Record actuel Détenteur
Apnée Statique (STA) Air ambiant 11 min 35 sec Stéphane Mifsud
Apnée avec oxygène Oxygène pur préalable 24 min 37 sec Budimir Šobat

Le record de Stéphane Mifsud, établi en 2009 avec 11 minutes et 35 secondes, reste la référence de l’apnée « naturelle ». Passer de 11 à 24 minutes illustre l’impact de l’oxygénation des poumons. L’oxygène pur permet de saturer les réserves et de repousser le seuil de tolérance à l’hypercapnie, c’est-à-dire l’excès de CO2 dans le sang.

Les mécanismes physiologiques de l’apnée extrême

Atteindre une telle durée repose sur une combinaison de prédispositions, d’entraînement mental et de réactions biologiques spécifiques au milieu aquatique.

Le réflexe d’immersion des mammifères

Dès que le visage entre en contact avec l’eau, le corps déclenche le réflexe d’immersion. Le rythme cardiaque ralentit (bradycardie) et le sang est redirigé des extrémités vers les organes vitaux, comme le cœur et le cerveau. C’est la vasoconstriction périphérique. Chez les champions, ce réflexe est développé, permettant une économie d’énergie maximale.

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La tolérance à l’hypercapnie et à l’hypoxie

L’entraînement habitue le cerveau à fonctionner avec des taux d’oxygène bas (hypoxie) et des taux de dioxyde de carbone élevés (hypercapnie). Ce n’est pas le manque d’oxygène qui crée l’envie de respirer, mais l’élévation du CO2. Les apnéistes de haut niveau apprennent à ignorer les contractions diaphragmatiques, ces spasmes musculaires qui signalent que le corps réclame de l’air.

L’apnéiste expert cultive un calme profond. Là où le novice panique, l’expert maintient une économie métabolique. Cette capacité à « hiberner » mentalement permet de réduire la consommation d’oxygène du cerveau, l’organe le plus gourmand du corps, de manière plus efficace que n’importe quelle technique de relaxation superficielle.

Comment s’entraîner en toute sécurité

Si vous n’ambitionnez pas de battre le record de 24 minutes, vous pouvez améliorer vos capacités respiratoires. L’apnée est une discipline exigeante qui ne tolère aucune improvisation.

La relaxation est primordiale, car le stress consomme énormément d’oxygène. Les techniques de yoga et de méditation aident à abaisser le métabolisme de base. L’entraînement à sec permet de pratiquer des apnées sur son canapé pour habituer son corps aux sensations de l’hypoxie sans risque de noyade. Enfin, la souplesse thoracique est un atout pour prendre de plus grandes inspirations et mieux supporter la pression en fin d’apnée.

La règle d’or : ne jamais pratiquer seul

Ne pratiquez jamais l’apnée seul, que ce soit en piscine, en mer ou dans votre baignoire. Le risque principal est la syncope, une perte de connaissance brutale sans signe précurseur. Sans un binôme entraîné pour vous sortir la tête de l’eau et stimuler vos voies respiratoires, une syncope en milieu aquatique est souvent fatale.

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Les limites du corps et les risques de l’apnée

Même avec de l’oxygène, rester 24 minutes sans respirer comporte des risques. L’accumulation de radicaux libres et les variations de pression partielle des gaz affectent le système nerveux central. Les athlètes comme Budimir Šobat sont suivis par des équipes médicales et réalisent leurs performances dans des conditions de sécurité strictes.

L’étude des populations de « nomades de la mer », comme les Bajau en Asie du Sud-Est, montre que l’humain peut évoluer physiquement pour l’apnée. Ces individus possèdent une rate environ 50 % plus grande que la moyenne. Lors de l’immersion, la rate se contracte et libère un surplus de globules rouges oxygénés dans le sang, agissant comme une réserve biologique.

Le record de 24 minutes en apnée démontre la plasticité de l’organisme humain. Qu’il s’agisse de performance ou de quête de sérénité, l’apnée invite à redécouvrir nos instincts, tout en rappelant que la respiration est le lien vital qui nous maintient en vie.

Léonore Chanteperdrix
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